[DANSE] Portraits de Famille, le spectacle hip-hop en langue des signes

Thierry Martinvalet, mieux connu son le nom de « Nasty », le créateur de la compagnie Quality Street monte sur la scène. Il est 20h, ce doit être le début, il prend la parole : « On attend encore du monde… Non c’est une blague on sera pas plus nombreux ». Il doit y avoir une dizaine de personnes dans la salle. Nasty précise que c’est tout de même un public de qualité et qu’au vu du contexte actuel c’est un privilège de pouvoir jouer un spectacle dans un endroit clos.

Il explique ensuite la genèse du spectacle : « Lors d’un voyage en Guyane, il y a quelques années, j’ai passé la plupart de mon temps avec des sourds-muets. Ils m’ont tellement appris ». A la suite de ce voyage, ce chorégraphe à la casquette sur le côté s’inscrira à l’IVT (International Visual Theater, ndlr) durant deux mois pour apprendre à signer. Puis l’idée lui vient de mélanger deux cultures : la danse hip-hop et la langue des signes.

Avant de démarrer le spectacle, Nasty apprend les rudiments de la langue des signes au public, comme bonjour, merci, aimer, papa, maman etc… Des bases qui permettront de comprendre des moments du spectacle.

C’est le moment pour Eric Braflan, dit « Rickysoul » d’entrer sur scène. Les lumières s’éteignent, et des bruits de pas claquent sur le sol. Rickysoul apparait. Les pas de break s’enchaînent, la musique commence, et le langage des signes se distinguent. Cette aventure artistique plonge le spectateur dans un univers singulier grâce à l’authenticité de la gestuelle et une originalité du discours. Comme si nous étions autour d’un verre, le spectateur rentre peu à peu dans l’intimité de cette famille où nous y découvrons des secrets enfouis depuis longtemps. A commencer par le père. Une voix off décrit les signes de Rickysoul qu’il exécute en même temps que les pas de danse : « Papa, éteint ce cigare je n’aime pas cet odeur ! » Cette phrase retentit tandis qu’apparaît un portrait du père, un cigare à la bouche. Ce sera celui du grand-frère qui sera dévoilé ensuite. Une inspiration pour le monde de la musique : « C’est grâce à lui que j’ai découvert la musique, il avait tout un tas de vinyle. Sa chambre c’était un univers magique ». Enfin, c’est le portrait de la mère qui est dévoilé. Ce dernier esquissera des rires dans le public tant nous pouvons reconnaître le regard d’une mère dont personne n’a envie d’avoir à faire. « Elle, c’est le pilier de la famille, notre modèle à tous, que l’on n’a pas envie de décevoir », entendons-nous tandis que Rickysoul danse avec tant d’émotion et d’admiration devant ce dernier portrait.

Le public s’identifie facilement à cet univers familial fictif, ce qui le rend d’autant plus touchant. Le danseur aux longues dreadlocks a su transmettre des émotions auxquelles nous pouvions nous attendre. Chaque instant est surprenant et nous livre une expérience plus qu’enrichissante.

Nasty reprend la parole à la fin de ce spectacle pour expliquer plus en profondeur ce choix d’y intégrer la langue des signes : « La langue des signes, ce n’est pas juste un moyen de communication, c’est une culture. C’est tout le corps qui parle, qui s’exprime. Les émotions ne mentent jamais et ce langage est rempli d’émotions ». Ce spectacle de la compagnie, qui rassemble dans sa construction le public sourd et entendant, est à ce jour, la première à y être parvenue.

Laura Ouvrard

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